Jeudi 16 septembre 2010
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Dans la
bande-dessinée la matrice narrative se déploie en suites d'images qui retranscrivent l'action et le mouvement par vagues d'impressions diffuses, d'illustrations structurées en plan photogénique.
Elle formalise ainsi une sorte de langage cryptographique soumettant une histoire qui avance aussi par soupirail calligraphique. Dès lors plutôt très inventive dans toutes les variations
possibles de swing et de rythme, en diapos déconstructives du mouvement, en multiplicité d'angles et de prises de vue au moins aussi riche et davantage malléable qu'au ciné.
Mais là tout de suite une autre chronique sur un mammouth (encore) un brin trop classique.
Tout le long des années 50 et 60 le point de vue de nos parents sur les sujets, disons des manifestations nouvelles du
pop art, était volontairement naïf, parce que ces produits innovaient par rapport à l'ancien temps (comprendre la décennie 45~55), sous
l'apparence niaise de sa filiation populaire.
D'après le termes galvaudé de "nouveauté pop", comme l'exemple qui nous interesse ici, une simple BD de Gaston Lagaffe, nos parents (donc) privilégiaient l'impact expressive du "oh mais ça sûr c'est trop sympa, tu verrais c'est franchement marrant"
ça pour étayer toujours la simplicité de façade du propos comme une libération esthétique de cette culture pop
& assimilé qui ferait des trucs enfin vraiment extravagants, maîtrisés par un savoir-faire millénaire du spectacle – là déjà on est monté dans la tonalité du mot employé : de niais on passe à
extravagant c'est mieux.
La jeunesse adulte et dans le vent de souligner cet aspect ouvert, presqu'épanoui des nouveaux loisirs moyennant cet
air de rien comportemental et discursif, en opposition à la méfiance et la pose morale des temps caverneux (1925-35), celle du dédain de leurs propres parents envers ce loisir ("cette culture ? vous rigolez...") Si on devait effectuer un
reproche – avec pose Molièrale – envers cette attitude, ce serait peut-être la béatitude un peu condescendante
et volontariste du "ça peut pas être méchant, c'est plein de vie...".
Nous avons pour notre part
générationelle appris et grandi encore avec Lagaffe mais dans une sphère de dialogue qui valorisait la BD comme un passe-temps agréable voir conseillé de vive voix. On a donc lu et relu sans
complexe pour ceux qui appréciaient grandement et peut-être du coup avec un air encore plus ouvert et affranchi. D'où on termine par ne voir aucun néfaste que dans une conversation on puisse
approffondir Franquin super sérieusement, par exemple en lui répertoriant plusieurs niveaux de lecture sous le divertissement épais, allant même pourquoi pas jusqu'à l'exposé succint d'arguments
mutins élaborés personellement ressorti sous la forme d'une semi-improvisation intrépide et explicite, entre mettons le fromage et le dessert (verre de rosé à portée de
main).
Bref on intellectualise le truc de
façon surtendue, un peu à l'inverse de nos paternels qui mettaient en avant le pur divertissement curatif (au fond Franquin exorcisant ses démons) du truc machin. À notre tour sans doute, à jouer
sur un flux de sentiments extrapolé sur ce qu'exprimait nos biens-aimés parents [j'essaie de varier...], nous avons atteint l'autre extrêmité – je veux dire la ténacité
intellectuelle un peu ténébreuse dans l'échange analytique du débat, mais après le muscadet. Et c'est peut-être le reproche qu'on pourrait faire à nos générations (j'égalise). Le fait que cette
réaction essentielle dans les conversations, par comparaison à celles de nos géniteurs, ne soit pas du à la necessité de renverser les sens et les valeurs sera un renseignement
précieux... ou pas. Pas vraiment cette volonté progressiste, juste l'intuition d'élargir les perspectives d'un objet d'art et de légitimer avec davantage de souplesse son coté
wikipédia. L'allure gentiment attendrissante "tu vas voir c'est rigolo" de nos arriérés de patrons spermacaux faisant découvrir Gaston à la progéniture était aussi due au fait que les mouflets
c'était pas des Einstein mentaux...
La conclusion de 2 visions successives, disjointes, parallèles, la réciprocité multidirectionelle d'un cercle
continu tant qu'on y est, et possible que dans l'avenir proche ces 2 pôles se neutralisent, se fondant dans un contentium qui reformulera à son tour...
un koi ? Peut-être un métissage, l'émulation combinée de deux générations (et 3 en fait car nos grands-parents avaient eu Tintin en quelque sorte), peut-être la continuité obsolète, de la
procuration induite en gestation plus morcelée, encore davantage sybilline et supralibéré de ce que chacun a acquis dans l'expérience de ses lectures, les mythes modernes, etc. Bon c'est
sûr on va pas discuter pédantement sur Lagaffe à la première lecture mais après un certain nombre croissant de lecture, on finit par creuser davantage, s'arrêter parfois en contemplation ou pour
y puiser toute la malice dégagée. C'est la force de Franquin d'ailleurs, avoir fait un truc très bien écrit dans les dialogues, l'humour à tiroir, la construction et l'organisation de l'espace
visuel. Quoique je me demande si on fera un jour des thèses sur André F. mais allez savoir une fois, bon vive la dialectique, zou...